Une ville industrielle


La plupart des villes industrielles ont accru autour des usines métallurgiques, sidérurgiques, les filatures ou divers produits manufacturés. Le paysage de la première révolution industrielle devient celui des pays noirs, un peu triste et monotone, comme nous racontait Dickens dans ses « Temps difficiles ». Les plaintes des penseurs et politiciens après sa visite au lieu originaire de la révolution, l’Angleterre, vérifie le raffiné regard des romanciers.

“Coketown (…) était le triomphe du Fait. (…) Coketown était une ville de briques rouges, ou plutôt des briques qui eussent étaient rouges si la fumée et les cendres l’eussent permis; mais étant donné les circonstances, c’était une ville d’un rouge et d’un noir contre nature, telle la face painte d’un sauvage. C’était une ville de machines et de hautes cheminées d’où s’échappaient inlassablement, éternellement, des serpents de fumée qui ne se déroulaient jamais tout a fait. Elle avait un canal noir, et une rivière qui roulait ses eaux empourprées par des puantes teintures, et de vastes constructions criblées de fenêtres qui vibraient et tremblaient tout au long du jour et où le piston des machines à vapeur montait et descendait monotonement comme la tête d’un éléphant fou de mélancolie. Elle comptait plusieurs larges rues toutes fort semblables les unes aux autres, peuplées des gens également semblables les uns aux autres, qui tous sortaient et rentraient aux mêmes heures, en marchant du même pas sur le même trottoir, pour aller faire le même travail, et pour qui chaque journée était semblable à celle de la veille et à celle du lendemain et pour qui chaque année était le pendant de la précédente et de la suivante.”

Charles Dickens: “Temps difficiles”.

“Quelques-unes de ces rues sont pavées, mais le plus grand nombre présente un terrain inégal et fangeux, dans lequel s’enfonce le pied du passant ou le char du voyageur. Des tas d’ordures, des débris d’édifices, des flaques d’eau dormantes et croupies se montrent ça et là le long de la demeure des habitants ou sur la surface bosselée et trouée des places publiques. Nulle part n’a passé le niveau du géomètre et le cordeau de l’arpenteur.

Parmi ce labyrinthe infect, du milieu de cette vaste et sombre carrière de briques, s’élancent, de temps en temps, de beaux édifices de pierre dont les colonnes corinthiennes surprennent les regards de l’étranger. On dirait une ville du moyen-âge, au milieu de laquelle se déploient les merveilles du XIXème siècle. Mais qui pourrait décrire l’intérieur de ces quartiers placés à l’écart, réceptacles du vice et de la misère, et qui enveloppent et serrent de leurs hideux replis les vastes palais de l’industrie ?”

Alexis de Tocqueville: Description de la ville de Manchester en 1835.

– Un texte interactif de Tocqueville sur sa visite à Manchester.

– Faites la comparaison avec cette vision d’Engels sur la même ville et la révolution industrielle en Angleterre quelques ans plus tard.

“En général un homme gagne assez pour faire des épargnes; mais c’est à peine si la femme est suffisamment rétribuée pour subsister et si l’enfant au-dessous de douze ans gagne sa nourriture.
Quant aux ouvriers en ménage dont l’unique ressource est également dans le prix de leur main d’oeuvre, beaucoup d’entre eux sont dans l’impossibilité de faire des économies, même en recevant de bonnes journées. Il faut admettre au surplus que la famille dont la femme est peu rétribuée ne subsiste qu’avec ses seuls gains qu’autant que le mari et la femme se portent bien, sont employés pendant toute l’année, n’ont aucun vice et ne supportent d’autre charge que celle de deux enfants en bas âge.
Supposez un troisième enfant, un chômage, une maladie, le manque d’économie ou seulement une occasion fortuite d’intempérance [manque de sobriété, boisson] et cette famille se trouve dans la plus grande gêne, dans une misère affreuse, il faut venir à son secours…
La proportion d’ouvriers qui ne gagnent pas le strict nécessaire ou ce qu’on regarde comme tel, varie suivant les industries, leur état de prospérité et suivant les localités. Un filateur de Rouen… a trouvé en 1831, époque d’une crise marquée par l’abaissement des salaires, que le 61 % de ses ouvriers employés alors dans sa filature de coton ne gagnaient pas, chacun en particulier le strict nécessaire.”

Villermé: “Tableau de l’état physique et moral des employés dans les manufactures de coton, de laine et de soie”. Paris, 1840.

“Jusqu’à l’âge de 8 ans, époque où elle a perdu son père, elle est allée à l’école; elle sait passablement lire, mais elle ne sait pas écrire. (…) Tout en elle annonce une constitution affaiblie par les privations, l’excès de travail et les souffrances physiques. (…) Son enfant est pâle, maigre, et toute sa constitution est empreinte de débilité. (…) L’état de mère fille la place au dernier rang de la société : elle rencontre peu de sympathie et de pitié. (…)

L’ouvrière peine à suffire aux premières nécessités de la vie. Son salaire est ordinairement absorbé d’avance par de petites dettes contractées envers les fournisseurs. Son matériel : 12 aiguilles diverses (0,15 F) ; 1 paire de ciseaux (0,50 F) ; 1 pelote de coton (0,15 F) ; 1 dé à coudre (0,15 F). Total, 0,95 F. La plus importante subvention dont profite l’ouvrière consiste dans le paiement de son loyer par un de ses frères. (…) Un couple de chemises lui sont données annuellement par son patron, et des vêtements hors de service, qu’une personne bienfaisante lui envoie de temps à autre, servent à habiller l’enfant. (…) Tout le travail de l’ouvrière est exécuté chez elle, au compte d’un patron, et à la pièce. L’ouvrière monte des chemises d’hommes ou tire des fils [ce qui] n’est confié dans les ateliers qu’aux meilleures ouvrières; c’est le travail le plus fatiguant, mais aussi le mieux rétribué. Avec la couture qui forme les plis des devants, le tirage des fils est payé, à Lille, à raison de 3,50 F les 100 plis. (…) Le temps nécessaire pour tirer les fils et coudre 100 plis est au moins de 20 heures de travail. L’ouvrière, consacrant 10 heures par jour à sa besogne, gagne donc 1,75 F quotidiennement ; mais il y a lieu de déduire un quart de produit pour chômages résultant des déplacements et des maladies. (…)

L’ouvrière et son enfant font généralement quatre repas par jour. Le déjeuner, à 8 heures du matin, se compose d’un peu de pain légèrement beurré qu’ils trempent dans du lait pur ou coupé d’eau de chicorée. Le dîner, qui a lieu à midi précis, consiste en pain et légumes (le plus souvent des pommes de terre) auxquels s’ajoute parfois un peu de viande. Autant que possible l’ouvrière met le pot-au-feu deux fois par semaine, mais avec des morceaux de viande de qualité inférieure (…) Le goûter, vers 4 heures du soir, ne comporte qu’une tartine, longue et mince tranche de pain légèrement beurrée. Enfin le souper, qui se prend ordinairement à 8 heures du soir, se compose, comme le déjeuner, de pain trempé dans du lait pur ou mélangé. L’ouvrière ne consomme aucune boisson fermentée. (…)

L’ouvrière habite à Lille une seule pièce. (…) La surface totale de la pièce est de 10 mètres. (…) Les murs sont absolument nus. Il n’y a point de cheminée ; celle-ci est remplacée par un poêle. (…) Le mobilier a l’aspect le plus triste. (…) Les meilleurs vêtements de l’ouvrière sont engagés au mont-de-piété.”

J. Marseille: « Une vie de lingère »

Voyez d’autres documents sur la révolution industrielle.

– Comme on dirait qu’ils vivent, les habitants de la ville industrielle, dans le XIXème siècle, surtout les ouvriers?

– Qui étaient les auteurs de ces textes?

– Résumez les idées principales des textes en soulignant les phrases plus importantes.

* Regardez ce livre interactif sur la révolution industrielle.

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