L’origine de l’Univers


“D’où vient l’univers ?
Et d’où vient qu’il y a un univers ?
Inlassablement, la question de l’origine de l’univers se pose à nous. Elle attise notre soif. À l’évidence, quelque chose de très profond se joue là. Mais que cherchons-nous au juste en faisant sans cesse retour sur l’origine ?
Parfois, certaines réponses, métaphysiques ou religieuses, semblent étancher cette soif. On les juge crédibles, suffisantes, quasi définitives. Mais, assez vite, les mêmes questions resurgissent, irrépressibles : elles se déplacent,changent de terrain, se confondent, s’embrouillent parfois, nous donnant à comprendre qu’elles portent sur une réalité étrange qui excède tout ce à quoi notre savoir immédiat peut répondre. De quoi cette réalité en amont de toutes les autres est-elle constituée ? Cette réalité qu’on n’approche jamais qu’en termes imprécis comme si le langage, cherchant à l’atteindre, se dispersait immanquablement et ratait sa cible.
Certains parlent de création ex nihilo, expression fort curieuse puisqu’elle suggère que c’est un méli-mélo de néant et d’être qui aurait organisé l’origine de l’univers. Mais par quel mécanisme (ou miracle) le néant pourrait-il avoir créé de l’être ? On ne se bouscule guère pour le dire. D’autres, citant tel ou tel récit mythique, expliquent qu’« au tout début il y avait ceci ou cela ». Mais un début qui fait suite à quelque chose qui l’a précédé, est-ce vraiment le début ?
D’autres encore évoquent une « cause » prétendument première, une cause elle-même dépourvue de cause, celle que Platon, par exemple, appelle l’arkhè, le « principe » ou le « commencement ». Mais quel sens pouvait bien avoir le mot « cause » quand l’univers n’existait pas encore ?
D’autres enfin expliquent que l’univers serait l’accomplissement d’un « dessein intelligent », qu’en somme il actualiserait des plans divins qui l’auraient précédé. Mais d’où proviennent ces plans ? D’un superingénieur ? D’un dieu aimant les belles équations et les réglages fins ? Avec quelle sorte d’allumettes transforme-t-on des formules mathématiques en un univers physique qui leur soit soumis ? (…) On rapporte que le pape Jean-Paul II, recevant Stephen Hawking au Vatican, lui aurait déclaré : « Nous sommes bien d’accord, monsieur l’astrophysicien : ce qu’il y a après le big bang c’est pour vous ; et ce qu’il y a avant, c’est pour nous… » Cette anecdote, dont la véracité importe finalement peu, illustre à quel point il est aisé de caricaturer positions et arguments : pour certains, la religion permettrait d’aller plus loin (plus haut ?) que la science, par sa prétendue capacité à saisir l’amont ultime de toute chose ; pour d’autres, la physique, dont la lampe torche n’a jamais été aussi puissante, pourrait ravir la création des mains de la religion ou des récits mythiques pour la mettre dans son escarcelle, et peut-être en remanier le sens.”

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